A PROPOS

Né en 1987, à Montreuil, King Houndekpinkou est un céramiste franco-béninois, qui vit et travaille principalement en région parisienne.

 

Dès l’enfance, King est fasciné par les jeux vidéo japonais. Au fil des années, il dépasse ce cap et s’intéresse davantage à la culture et aux traditions du Japon. Son amour pour le pays du soleil-levant grandit avec lui. Fin 2012, il découvre la richesse et la diversité de la poterie japonaise, y compris les bols de l’ère Momoyama (XVI-XVII siècles), les poteries Shino ainsi que les productions ancestrales de Shigaraki et de Bizen. Captivé par le travail de l’argile et de la transformation des matières par le feu, il décide de pousser les portes de l’Atelier Mire, à Paris, pour s’initier à la poterie auprès de la céramiste japonaise Kayoko Hayasaki.

 

Dès son premier contact avec l’argile des “émotions dormantes s’animent” en lui. A 24 ans, King pense alors avoir trouvé son médium de prédilection. Ce sentiment l’encourage à “creuser” davantage en lui pour saisir et donner forme à cette “matière émotionnelle longtemps restée inerte”. Motivé, il approfondit sa technique de tournage en suivant des cours du soir auprès du céramiste Grégoire Scalabre, à l’École des Arts et Techniques Céramiques de Paris (ATC). Très vite, il développe un style sensuel et expressif.

 

En 2013, King rencontre les potiers japonais du groupe Keramos originaires de Bizen (Préfecture d’Okayama) lors d’une résidence de création à Chéniers (département de la Creuse, en France). Il les assiste, se lie d’amitié avec eux et décide de se rendre au Japon chaque année pour perfectionner ses connaissances du Bizen-yaki (nom japonais de la poterie de Bizen). Cette céramique le séduit car elle est brute, imparfaite et naturellement décorée à la cendre de bois. Au fur et à mesure de son apprentissage, King ressent un mysticisme émaner du travail des potiers de Bizen. Cette spiritualité semble faire écho avec la culture animiste de ses racines du Bénin, berceau de la tradition Vaudou. Pour lui, les deux sciences partagent des similitudes dont la recherche d’une relation transcendantale entre l’Homme, la nature et les quatre éléments; la terre, l’air, l’eau et le feu. Il prend alors conscience des connexions spirituelles qui unissent les cultures japonaises et béninoises.

 

Inspiré par les travaux respectifs du médecin psychiatre suisse Carl Gustav Jung et du philosophe français Gaston Bachelard sur l’inconscient collectif et l’imagination de la matière, King développe peu à peu sa propre vision de la céramique:

 

“Par la peau, l’argile s’infiltre en celui/celle qui la manipule pour éveiller et saisir la moindre matière émotionnelle qui l’habite. Puis, en harmonie avec l’eau, l’air le feu et le temps, elle traduit ses émotions dans un langage plastique universel: la céramique.”

 

Cette révélation bouleverse le court de sa vie. King répond “oui” à l’appel de la terre et change de cap, laissant dernière lui 6 années de carrière professionnelle dans le domaine de la communication.

 

Aujourd’hui, de son histoire découle une production contemporaine mêlant artisanat, syncrétisme des cultures, spiritualité et expérimentation. Son processus créatif encourage une relation intime et directe avec la matière qu’il gratte, déchire et répare, donnant ainsi corps à des oeuvres gracieuses et brutes à la fois. Le tour de potier reste son outil de prédilection, qu’il détourne de son usage principal pour explorer la relation entre le corps et l’argile en mouvement (ex: travail des parois avec le pied). Sa technique d’émaillage laisse apparaître, après cuisson, des textures granuleuses, coulantes et craquelées, inspirées à la fois des autels Vaudou du Bénin et des glaçures traditionnelles japonaises Shino, Tenmoku ou encore Oribe. Ce mélange des influences donne naissance à des créations méditatives et vivantes, qui nous encourage à accepter la diversité du monde et la beauté de nos propres imperfections.

 

King est représenté par la Galerie Vallois, à Paris. Il est également membre des Ateliers d’Art de France.

 

Démarche ›

DEMARCHE

Pour extraire l’argile de ses cavités obscures et la mener jusqu’à la lumière, il faut d’abord creuser la terre. Elle nous apprend ainsi à creuser en nous-même pour se découvrir.

 

L’argile est universelle et tolérante. Elle fait abstraction de notre couleur de peau, de notre classe sociale et de notre religion. Mais elle sait que nous ne sommes que des êtres éphémère et que nos empreintes dans l’argile ne sont que des traces de notre passage sur Terre.

 

Combinée à l’eau, l’argile devient humide et malléable. Par la peau, elle s’infiltre en celui/celle qui la manipule pour éveiller et saisir la moindre matière émotionnelle qui l’habite. Puis, en harmonie avec l’eau, l’air le feu et le temps, elle traduit ses émotions dans un langage plastique universel: la céramique.

 

Faire fusionner l’âme et la matière est ce qui motive mon acte de création.

 

Avec ses mains, le/la céramiste infuse toute son essence dans l’argile pour créer une pièce qui, dans une certaine mesure, reflète les couleurs et les formes d’un monde intérieur.

 

Je vois le processus de cuisson comme une épreuve du feu, orchestrée par le chant et la danse de divinités. Ces “juges divins”, ni amis ni ennemis, sont les derniers interprètes d’une transformation par le feu; ils laissent leurs marques sur la création du céramiste.

 

Quand je travaille, je me laisse emporter en essayant de ne pas faire appel à l’intellect. Je m’élève vers un état d’ouverture qui me rend vulnérable, mais pas sans contrôle, où je peux encore véritablement dialoguer avec les matériaux.

 

L’émaillage est une façon de peindre l’impermanence de la vie. Mes émaux coulent, tombent, se fêlent, rampent et se meuvent comme s’ils dansaient sur l’imprévisible mélodie de la vie.

 

Mon souhait est de donner naissance à des œuvres pouvant avoir leur propre vie. Des oeuvres qui ont une voix pour vous interpeler, des oeuvres qui ont besoin de votre imagination la plus folle pour être complètes, des oeuvres qui montrent la beauté de nos imperfections…

 

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