Collaboration

En février dernier, une nouvelle collaboration a vu le jour avec le talentueux photographe Alex Huanfa Cheng. Les clichés ci-après ont notamment illustré les expositions jumelles De Passage sur Terre (Paris) et Time on Earth (New York).

 

Le texte d’exposition est disponible ci-dessous.

 

Photo: Alex HUANFA CHENG

Model: King HOUNDEKPINKOU

Direction artistique: Alex HUANFA CHENG / King HOUNDEKPINKOU

Lieu: Étretat, Normandie – Février 2017

 


 

De Passage sur Terre

 

Mes créations portent les marques du passage de mes mains sur la matière, de la même manière que chacun de nous laisse une trace de son passage sur Terre.

 

L’argile est comme une encyclopédie. C’est une matière terrestre issue de l’érosion des roches qui met du temps à se former. Elle absorbe tout et possède une mémoire universelle imprégnée des événements traversés par l’homme depuis la nuit des temps : les guerres, les grands discours, les traités de paix, les grandes découvertes, les catastrophes naturelles, les victoires, les défaites… rien ne lui échappe. Elle est donc capable de nous enseigner ce qui fut, ce qui est et ce qui sera. Encore faut-il être sensible à son appel.

 

Les expositions jumelles De Passage sur Terre (Paris) et Time on Earth (New York) représentent un pont d’argile entre deux villes et deux cultures. Ainsi, c’est l’occasion pour moi de réaffirmer mon attachement à l’universalité de l’argile. Depuis mes débuts, je mélange les argiles de plusieurs pays : le Bénin, le Japon, la France, l’Allemagne, l’Espagne… Chaque contact avec la terre glaise mène au même constat: d’où qu’elle vienne, l’argile fait abstraction de notre couleur de peau, de notre classe sociale, de notre religion… Elle ne discrimine pas l’empreinte de celui ou celle qui la manipule. Elle ne capte qu’une seule chose : la matière émotionnelle. Cette dernière se conjugue ensuite aux quatre éléments (terre, eau, air et feu) pour donner naissance à la céramique. C’est ma conviction.

 

Il y a cinq ans, mon premier contact avec l’argile a réveillé en moi des pensées dormantes et enfouies au plus profond de mon être. Des profondeurs jamais atteintes par un autre médium ou même une autre personne. D’ailleurs, la nature de ce matériau en dit long sur ses capacités à lire l’homme car pour l’extraire de ses cavités obscures et la mener jusqu’à la lumière, il faut d’abord creuser la terre. Elle nous apprend ainsi à creuser en nous, jusqu’à nos propres racines. C’est l’archéologie de l’âme.

 

Non, je ne “travaille” pas l’argile, je la “consulte”. Voilà un terme qui lui rend ses lettres de noblesse. Ça n’est pas un hasard si les précurseurs de la céramique étaient les chamans de Moravie (République Tchèque) qui, il y a près de 30 000 ans, façonnaient des sculptures en argile qu’ils jetaient ensuite dans les flammes afin de recevoir les oracles.

 

Pour moi, chaque moment de création est cathartique et relève d’un “tête-à-terre” avec l’argile. C’est un instant qui requiert un équilibre entre savoir-faire et naïveté, quiétude et douleur, concentration et folie. Ces états d’esprit m’aident à traduire au mieux les formes et les couleurs de l’âme et du subconscient.

 

Les contradictions et tensions existantes entre le monde intérieur et le monde extérieur révèlent souvent une facette insoupçonnée de notre personnalité, parfois bien plus belle que nous ne le pensions. Les envies et les désirs réprimés restent emprisonnés en cage. Ces pensées s’accumulent, jusqu’au jour où c’est l’implosion…

 

Ce choc créé une fissure, puis une brèche qui laisse entrer une lueur d’espoir. Encore faut-il la voir. Dès lors, une renaissance est en marche.

 

L’argile m’a permis cette renaissance et je lui en serai reconnaissant à vie.

 

King HOUNDEKPINKOU